Le processus de création du Teatro Malandro

14 mai 2012 – 8 juin 2012 Masterclass

Stage dirigé par Omar Porras

En coréalisation avec l’Atelier de Paris Carolyn-Carlson

L’objectif principal de ce stage consistera à confronter les acteurs présents à la méthode de travail d’Omar Porras, telle qu’il la déploie lors d’une création, quelle qu’elle soit. Au cœur des questionnements menés au plateau, ce sont donc les grandes étapes du travail autour de l’acteur et son entrée dans une création que l’on retrouvera : ce faisant, ce qui sera transmis in fine, c’est une « posture de travail » à donner au corps. L’acteur doit constamment travailler sur la présence, la dynamique et l’énergie, car pour reprendre le mot du metteur en scène, au plateau, « l’ordinaire est derrière la porte », autrement dit ce qui compte c’est d’amener le plateau du côté de l’extraordinaire ou de l’extra-quotidien.

En introduction au travail commun, il y aura l’apprentissage d’une discipline avec des règles pour acquérir équilibre, présence et dynamique, avant de saisir le sens de l’improvisation dans le processus de création. Mais tout en ayant pour colonne vertébrale un apprentissage à plusieurs entrées où le déplacement du corps de l’acteur dans l’espace sera essentiel, ce stage sera aussi l’occasion d’explorer certains tableaux d’un répertoire contemporain.

Le travail préparatoire s’appuiera également sur la prise de conscience et le travail des postures, les dynamiques de la marche, les démarches, et l’utilisation du corps pour entrer dans les masques, à l’appui de structures musicales construites.

La scénographie sera conçue à partir de matériaux élémentaires (à base de carton, bois, tissus) ou d’objets et volumes récupérés, réappropriés, détournés ou retransformés.

La recherche s’appuiera également sur un travail avec des masques, demi-masques et postiches.
Dans cette perspective, chaque participant sera invité à venir avec une valise contenant :

  • Une tenue spécifique d’homme et de femme,
  • un habit trop grand, un habit trop court,
  • et des accessoires « fétiches »

Descriptif

Lorsque je fais une création, la journée se découpe en trois parties.
La première consiste en un training pour un contrôle de l’équilibre qui va contribuer à appréhender un état particulier, celui de la « présence », mais aussi la gestion du corps et la mise en place d’une dynamique particulière qui permettront d’harmoniser l’ensemble du travail au plateau et de construire un alphabet gestuel dans l’espace. C’est le corps qui devient pinceau et qui sculpte l’espace et ce faisant laisse sur la page blanche qui est la scène l’idéogramme pour un travail précis.
La deuxième phase consistera à improviser et à explorer les personnages à travers le masque et partir de thèmes ou de scènes choisies. Ces improvisations seront ensuite analysées dans la pratique tout en servant à organiser un langage qui sera l’abécédaire de la création en cours : chaque acteur apportera des éléments qui lui seront propres. Dans la phase consistant à construire le personnage, ces différents éléments seront réinvestis et organisés.
La troisième phase consiste en l’application de la première et de la deuxième phase (training et improvisation) pour un travail des scènes du répertoire contemporain choisies. Cette dernière phase correspond au montage et à l’adaptation, c’est-à-dire que l’ouvrage ou le texte donné sera une matière qui se modifiera mais qui en même temps gardera sa structure et ses caractéristiques d’origine. On pénètrera ainsi dans le texte en le respectant.
Ce que j’applique dans ma compagnie sera ici repris pendant ces quatre semaines de stage. Cet atelier permettra de constituer un corps ou une structure avec une logique spectaculaire et un sens de la représentation qui seront confrontés à un public, dernière phase du processus de création.
Omar Porras

Intervenant·e·s

Omar Porras

Ayant grandi en Colombie, Omar Porras arrive à Paris à l’âge de vingt ans, en 1984. Il fréquente d’abord deux ans durant la Cartoucherie de Vincennes, découvre, fasciné, le travail d’Ariane Mnouchkine et de Peter Brook, fait un bref passage dans l’École de Jacques Lecoq, travaille avec Ryszard Cieslak, puis rencontre Jerzy Grotowski. En 1990, il fonde à Genève le Teatro Malandro. D’un projet à l’autre, c’est tout un répertoire de créations nourries de traditions pluriculturelles, une sorte de réserve de spectacles prêts à être repris, comme « en jachère», dont dispose le Teatro Malandro, qui puise autant dans les classiques avec Faust de Marlowe (1993), Othello de Shakespeare (1995), Les Bakkantes d’après Euripide (2000), Ay ! QuiXote d’après Cervantès (2001), El Don Juan d’après Tirso de Molina (2005, L’Avant-scène théâtre n° 1180), Pedro et le Commandeur de Lope de Vega (2006, L’Avant-scène théâtre n° 1214), Les Fourberies de Scapin (2009), Roméo et Juliette (2012, L’Avant-Scène théâtre n°1339) et Amour et Psyché de Molière (2017, L’Avant-scène théâtre n° 1423), Le Conte des contes d’après Giambattista Basile (2020 ; 2022 ; 2024, L’Avant-scène théâtre n° 1487) que dans les textes modernes et contemporains avec La Visite de la vieille dame de Friedrich Dürrenmatt (1993 ; 2004; 2015), Ubu Roi d’Alfred Jarry (1991), Striptease de Slawomir Mrozek (1997), Noces de sang de Garcia Lorca (1997), Histoire du soldat de Ramuz (2003 ; 2015 ; 2016), Maître Puntila et son valet Matti de Bertolt Brecht (2007), Bolivar : fragments d’un rêve de William Ospina (2010), L’Éveil du printemps de Frank Wedekind (2011), La Dame de la mer d’Ibsen (2013), Ma Colombine (2019) en complicité avec Fabrice Melquiot, Carmen l’audition (2021) et Ritualitos, un poème musical créé par Omar Porras avec William Fierro et Maria de la Paz qui interroge notre lien à la nature en une ode à la vie (2023).

Parallèlement au théâtre, Omar Porras explore également l’univers de l’opéra avec L’Elixir d’amour de Donizetti (2006), Le Barbier de Séville de Paisiello (2007), La Flûte enchantée (2007) d’après Mozart, La Périchole (2008), La Grande Duchesse de Gérolstein (2012) d’Offenbach et Coronis (2019 ; 2022) de Sebastián Durón ; s’aventure sur le terrain de la danse avec Les Cabots (2012), une pièce chorégraphique signée Guilherme Botelho de la Cie Alias et interprète Krapp dans La Dernière Bande (2017) de Beckett mise en scène par Dan Jemmett.

Sa Visite de la vieille dame a été récompensée par le Prix romand des spectacles indépendants (1994) et Pedro et le Commandeur a été doublement nominé aux Molières 2007. La Colombie lui a décerné l’Ordre national du mérite en 2007 et la Médaille du Mérite culturel l’année suivante. En 2014, le Grand Prix suisse du théâtre/Anneau Reinhart lui a été décerné pour son œuvre. Depuis juillet 2015, il dirige le TKM-Théâtre Kléber-Méleau.