« La danse dans tous ses états » : Françoise et Dominique Dupuy
Une soirée vidéo, danse et lectures et deux jours de stage
Une proposition de Lucia Bensasson avec Paola Piccolo, Philippe Ducou et Francine Bergé. Vendredi 6, samedi 7 et dimanche 8 décembre 2024 à ARTA
Françoise et Dominique, pionniers de la danse en France, nous ont quittés. Danseurs, chorégraphes, transmetteurs, militants engagés, artistes hors norme, ils ont œuvré tout le long de leur vie, pour la danse, son développement et son élargissement à tous les publics. Leur œuvre, qui a tant inspiré, continue de « semer » dans l’art.
Vendredi 6 décembre, 19h30 : une soirée dédiée à Françoise et Dominique Dupuy
Projections vidéo d’extraits de danse par Françoise et Dominique
Lecture des textes de Françoise et Dominique par Lucia Bensasson.
Performances :
- Boue de Dominique Dupuy, dansée par Philippe Ducou. Le solo est un dialogue entre le mouvement poétique et la matière argileuse.
- Épitaphe de Françoise Dupuy dansée par Paola Piccolo sur un texte lu par Francine Bergé.
Ce solo créé en 1996 reprend les thèmes du silence, de dépouillement et de voyage chers au travail de Françoise.
Participation libre
Samedi 7 et dimanche 8 décembre
Stage avec Paola Piccolo et Philippe Ducou
Samedi de 13h à 18h, Dimanche de 11h à 16h
S’interroger, creuser la qualité du mouvement, partager son élan artistique, une danse qui se projette, comme sur scène.
Deux temps :
Un temps de travail technique, au sol, à la barre, dans l’espace pour affiner le rapport entre poids/suspension, contraction/détente, et se rendre disponible…
Un temps d‘improvisation et recherche en duo, trio, en groupe pour un partage en relation à l’autre. L’écoute, la résonance, le souffle, l’espace, le rythme.
Sur le fil, à chaque instant dans l’aventure du mouvement, prendre le risque artistique de cette envolée et en goûter les actes.
« Rien est volontaire : il s’agit simplement de disponibilité pour que le matériau qui crée la danse devienne signifiant » (Mouvoir-émouvoir), — Françoise Dupuy
« Enlever le corporel pour laisser le mouvement exister,
Laisser faire l’acte et le corps sera changé» — Dominique Dupuy.


Photo Sylvie Bosc
Boue de Dominique Dupuy, dansée par Philippe Ducou
Solo créé à partir d’une pièce de Dominique Dupuy Trajectoire (1982) et transmis dans le cadre de Passeur de solitude.
« À la fin de ce solo (Trajectoire), au cours d’une longue méditation gestuelle, je me recouvrais entièrement le corps d’une épaisse couche d’argile qui peu à peu séchait réduisant les gestes à leur plus simple expression. Lorsqu’en fin le corps était immobilisé, restait immuable et silencieux, le public s’égrenait peu à peu vers la sortie. Cela pouvait durer un fort »
— Dominique Dupuy
Du moment dansé dans Trajectoire, d’une durée de 5 à 7 minutes pour une pièce de 70 minutes, un parcours s’est réalisé entre Dominique et moi, pour en faire un solo qui puisse exprimer le dialogue poétique entre le mouvement et la matière argileuse. Une longue échappée au fil des représentations avec le désir incessant qu’il continue à se développer au hasard des rencontres avec des lieux et des moments. Ainsi, nous sommes arrivés à proposer des variations, avec la même gestuelle : en deux musiques différentes du même compositeur, Toro Takemitsu, mais aussi en « silence ». Étonnant d’apprécier ô combien le public y voit des soli totalement différents avec seulement l’argile comme trait d’union. La lune et le soleil comme comparses de ces variations.


Photo J.M.Gourreau
Épitaphe de Françoise Dupuy, dansé par Paola Piccolo
Texte lu par Francine Bergé
crée en 1996
« Un poème dansé
Le silence
Une danse tout à la fois forte et délicate.
Un texte …qui n’appuie en rien les mouvements de la danse.
Un poème dit comme le vent, comme l’eau qui entourent la danseuse.
Cette danse a été inspirée par les présences de ces femmes qui ont imprégné le romantisme allemand d’une « féminité souveraine ».
Le texte a été écrit par l’une d’entre elles Caroline De Gunderode peu avant son suicide au bord du Rhin en 1806. » Françoise Dupuy — Françoise Dupuy
Intervenant·e·s
Philippe Ducou
En inscrivant sa démarche dans la mouvance du Tanztheater, en appréhendant les désirs et les exigences physiques de l’acteur, Philippe Ducou a développé le travail nécessaire pour être en mesure de proposer quelques solutions, dans son atelier autour du corps de l’acteur, du «mis en scène» : corps partenaire, complice, ami, confident, soutien mais aussi étranger, inconnu, capricieux, versatile, dangereux, sans foi ni loi, ennemi.
Corps relâché, corps en éveil, en rebond, animal. Agir et réagir, passer d’un état de corps à un autre, trouver l’état de corps nécessaire à telle action, de l’immobilité à l’acte, de l’acte à l’immobilité, jaillir. Corps en relation, corps qui construit en dialogue, dans la proximité ou le lointain, avec l’autre, la chair, l’aura, la prise de l’autre, l’étreinte, violence et douceur, Éros et Thanatos. Corps qui se représente, corps en représentation, l’avant entrée en scène, le corps théâtral, l’espace à prendre, le rituel et le chaos, Apollon et Dionysos. Quelle que soit la manière de l’appréhender, le corps est un animal curieux aux actions et réactions, parfois imprévisible et peut nous apporter grâce comme
désarroi, risible, poétique ou tragique… Cela commence avant et cela se termine après. L’énergie de la préparation, le moment précédent l’entrée en scène, l’énergie d’après, l’écho ou la résonance, sont autant de situations propres que nous aborderons.
Françoise Dupuy
Marcelle Bonjour dans sa préface sur le livre de Françoise Dupuy «On ne danse jamais seul» écrit :
La transmission est son laboratoire de poésie, un acte de présentation à d’autres interprètes, enfants, danseurs ou amateurs, dans l’unité de temps, de lieu, de sens que constitue l’atelier et où chacun cherche les clés de la présence de l’autre. La transmission de Françoise Dupuy s’écarte d’une image stable et achevée ; son mouvement précède « les mots pour le dire », la qualité et la justesse de ses regards, la labilité de son imagination et son intuition sensuelle des situations vécues et … rêvées, proposent dans l’atelier, les dynamiques et les substances qui font de ce temps, un acte inventif de création collective…
Elle bâtit une architecture organique d’un jeu d’imagination et de germination, un rhysome d’états et d’actes, nés de l’intérieur, qui captent les forces, les dispersent et les concentrent, les relient et les déploient en histoires de sensations et de pensées, les imaginaires inédits et inouïs d’une collectivité sensorielle. Elle est tout à la fois souffle « vif et malicieux ».
Dominique Dupuy
Figure incontournable de la danse en France, Dominique Dupuy a marqué plusieurs générations de danseurs et de chorégraphes. Délaissant à juste titre les spécialisations, il se définit avant tout comme danseur alors que son parcours révèle une grande générosité de transmission, la création de nombreuses pièces chorégraphiques de groupes, en solo et l’écriture d’ouvrages de référence. Proposant sans cesse des passerelles entre les Arts, son regard s’adresse à tous celles et ceux qui portent le désir de s’engager sur un plateau scénique. Son parcours l’amène à ressentir les silences initiateurs du geste, de la parole, de la musique ou du chant. En cela il retient aujourd’hui, d’anciennes comme de toutes récentes expériences, tant de création que de pédagogie, leur allégeance toute particulière aux silences qui les fondent, avant qu’elles n’en viennent aux sons : paroles, musiques, bruits… Il s’agit de se rendre sensible aux volumes d’air, aux vibrations sonores entre les êtres, engager les corps sur des zones d’ombre ou de clarté, de vides et de pleins, dans un espace conçu comme dynamique avec ses attirances et ses répulsions, ses contacts, ses heurts, ses fusions, ses équilibres ou ses déséquilibres. Écouter, prendre le temps, agir, réagir à tout ce qui survient, évolue avec soi dans le même espace-temps délimité, cadré : le silence, le moindre objet, les autres, tous sont partenaires de jeu.
Jouer avec le silence, préciser le regard, engager tout le corps dans l’espace, ponctuer, syncoper, articuler les rythmes, oser suspensions et immobilités : tels sont quelques-uns des objectifs de travail.
Quand il y a désir et nécessité, deux personnes qui ne parlent pas la même langue parviennent toujours à s’entendre, dès que leur écoute ne se limite plus à la seule compréhension des mots, dès que les corps sortent de leur réserve habituelle.
La précision du geste et de la scansion vont ici de pair pour tâcher d’élargir la conscience, améliorer sa présence par une plus grande acuité du geste porté par la respiration, tout en prenant le temps de l’exploration sensible. Le travail est dans le silence. Ce n’est pas dire que l’on n’utilise pas la musique, les mots, les sons mais même avec ces éléments, le silence est présent. Ce silence bien entendu est en complète relation avec le souffle, avec l’espace, avec le poids, avec l’énergie, avec l’imaginaire. Une investigation qui pourrait nous faire faire un retour sur l’usage que nous faisons des sons, des paroles, des bruits. Pour l’interprète en scène, comédien ou danseur, en fin de compte tout se joue dans le silence qui permet la résonance de ses actes.
Paola Piccolo
Danseuse interprète auprès de nombreux chorégraphes, elle a su lier son art à une recherche l’amenant à créer ses propres pièces et à développer une activité pédagogique. Elle a suivi, dans les années 80, l’enseignement de Trudy Kressel et dansée pour elle, Françoise et Dominique Dupuy (Françoise lui écrit en 1996 un solo « Épitaphe », « Haïku d’automne » en 2015 et Dominique lui transmet en 1999 et 2002 deux soli dans le cadre de Passeurs de solitude). Son parcours artistique lui fait rencontrer des chorégraphes en France ainsi que à l’étranger tels que Fattoumi-Lamoureux, Martin Kravitz, Sidonie Rochon, Shi Xiaojuan, Maria Vittoria Campiglio. Philippe Ducou. Et aussi des metteurs en scène, tels que Jean Jacques Aslanian, Nasrin Pourhosseini, Iannis Kokkos, Jean Michel Ribes, Mattias Knave, Sandrine Roche et Catherine Toussaint. Elle participe à toutes les créations de Lena Josefsson, compagnie Raande-Vo, en Suède. Italienne de Padova, enseigne des masterclasses et stages en France, Italie, Grèce, Portugal, Chine et assiste des metteurs en scène pour le travail sur le mouvement et l’écriture chorégraphique dans des créations théâtrales.