Kutiyattam, le plus ancien théâtre du monde
Stage dirigé par Rama Chakyar
Le Kutiyattam, ancêtre vivant du kathakali, est le théâtre le plus ancien du monde, perpétré depuis plus d’un millénaire dans les temples du Kerala par des maîtres-acteurs virtuoses, les Chakyar. Il représente les pièces de théâtre anciennes en sanscrit via les techniques de jeu du Traité du théâtre, le Natyasastra (-200, +200). Les codes déployés, d’une précision mathématique, s’inspirent du réel en le transformant. Ils ouvrent ainsi l’imaginaire tout en laissant une grande place à l’interprétation.
Au quotidien, le jeune acteur s’entraîne aux « exercices des yeux », du souffle, aux « neuf émotions », ainsi qu’à la psalmodie et à l’art des gestes. Parallèlement, il répète les scènes issues du répertoire. Lors de séquences mimétiques en solo, il incarne à lui seul une multitude de rôles. Dans ce dit « jeu de substitution » (pakarnattam), il passe de la déesse au dieu, du héros au valet, de l’éléphant au serpent, en repassant toujours par l’acteur, qui reste bien le maître du jeu.
Le stage propose une initiation aux techniques de bases ainsi qu’aux changements de rôles. Ce double objectif mène l’acteur contemporain à découvrir un jeu corporel précis, créateur d’images, ainsi qu’à approcher l’interprétation des personnages et sa gestion par l’acteur.
Les bases. Les différents moyens de jeu seront entraînés séparément afin d’éveiller pleinement la conscience de l’implication de chaque partie du corps dans l’acte théâtral. L’apprentissage de la psalmodie, les sauts et les exercices d’assouplissement et de renforcement du corps forment le « corps-physique » (sariram) : une sorte de « cadre », dit le maître, dans lequel se développe ensuite la sphère de jeu. Celle-ci sera appréhendée grâce aux « exercices des yeux » et à l’apprentissage des gestes. Les dix principales figures oculaires et les 24 mudra –« sceaux » des doigts mis en mouvement de manière à former des mots puis des phrases – mitatifs, suggestifs et conventionnels. Le travail des émotions est à la base de l’incarnation des personnages et de l’art des gestes. Concrètement, l’acteur apprend à dépeindre plastiquement les « neuf sentiments » (navarasa) que sont : l’amour, le mépris, la tristesse, la colère, l’héroïsme, la peur, le dégoût, l’émerveillement et la paix.
Ce travail physique touche au cœur de l’acteur : il procède de « l’extérieur » vers « l’intérieur ».
Le jeu de substitution. Le maître enseignera les postures et « états » (bhava) de différents types de personnages (héros, héroïnes, rois, singes, démons, animaux), puis certaines des conventions utilisées pour passer d’un rôle à l’autre. Une courte scène de son choix, inspirée des épopées, pourra servir de support à cette initiation.
Intervenant·e·s
Rama Chakyar
Rama Chakyar est le neveu et disciple du Guru Painkulam Rama Chakyar, premier acteur à avoir ouvert l’apprentissage de son art hors de la caste et à jouer hors des temples, dans les années 60. Formé dès l’âge de 10 ans, Rama Chakyar joue et enseigne depuis quarante ans au Kerala, principalement à l’école du Kalamandalam. Il est aujourd’hui le plus grand acteur et maître de kutiyattam et se produit dans les temples ainsi que sur les scènes profanes et internationales. Exigeant, rigoureux et patient, il a également formé de nombreux artistes étrangers (aux USA, en Allemagne, en France, en Autriche…).
Le kutiyattam peut apprendre à vivre
Le personnage n’est pas au-dessus de toi. Appelle-le : il viendra
L’acteur en scène ne doit jamais regarder en arrière.
Une fois que tu es rentré dans le cadre, ta liberté est infinie.
Chaque acteur apprend des autres, même de l’apprenti.
L’âme est le support du corps et le corps est dépendant de l’âme. Si tu chauffes du ghee [du beurre clarifié] et que tu le verses dans un pot, le pot deviendra chaud. Et si tu chauffes le récipient avec le ghee froid à l’intérieur, le ghee deviendra chaud. La relation entre l’âme et le corps est ainsi. Tous deux sont mutuellement attachés.
— Paroles du maître recueillies par Virginie Johan