Erhard Stiefel, Shime Shigeyama

16 juin 2008 – 4 juillet 2008 Masterclass

La rencontre des masques de la Commedia Dell’Arte italienne et du Kyogen japonais

Stage dirigé par Erhard Stiefel et Shime Shigeyama

Projetant l’utopie de l’Acteur-Improvisateur, l’esprit de la Commedia dell’arte a rayonné dans tous les pays d’Europe, où elle a laissé des traces profondes dans l’imagination populaire aussi bien que dans le théâtre, la poésie et les arts. Elle s’est développée au cirque, puis au cinéma, sous les allures de Charlot ou de Max Linder. Craig, Meyerhold, Copeau, Dullin, Barrault, Strehler, Mnouchkine et Dario Fo ont chacun entrepris d’en retrouver l’esprit, pour réinventer une tradition et s’appuyer sur ses principes. Il s’agissait de vivifier l’art du comédien, un “gai savoir” ; et aussi un artisanat. Ce mode de jeu s’est développé et perfectionné jusqu’à faire des acteurs de véritables virtuoses de la voix, de la pantomime, du chant et de l’acrobatie, surtout à partir du moment où la Commedia passe de la place publique à la cour des nobles et se répand dans toute l’Europe, avec une grande émulation entre les compagnies italiennes. La Commedia dell’Arte est à l’origine de l’école nommée communément “Le jeu à l’Italienne”. On entend par là, cette manière particulière d’interpréter selon la tradition italienne, improvisation et participation totale du corps et de la voix. Au XXe siècle, une tradition a bien fini par se réinventer. Existe-t-elle vraiment ? Toujours est-il qu’elle fait rêver, et qu’elle fournit de formidables défis à l’acteur qui souhaite s’y entraîner.

Les saynètes de Kyôgen sont des farces japonaises dont la forme d’art théâtral s’est cristallisée au XIV-XVe siècle. Par la suite, le Kyôgen perdit son côté satirique pour célébrer de façon comique l’humanité. Depuis quelques années, le Kyôgen contemporain a retrouvé toute sa verve satirique. En continuant à donner vie au répertoire traditionnel japonais, certaines familles, tels les Shigeyama, se sont permis d’innover avec l’audace de porter leur propre regard sur l’actualité du monde. Traditionnellement, le Kyôgen joue, en tant qu’intermède de vingt à trente minutes, le rôle de contrepoint face à la tension tragique du Nô. Bouffonneries inspirées de la vie quotidienne médiévale, les pièces de Kyôgen plongent à la manière de la Commedia dell’arte dans la satire sociale. Fondé sur la verve drôlatique des paroles et des situations, le comique tire également parti du contraste saisissant entre la trivialité des situations et la stylisation parfois emphatique ou même hiératique des gestes les plus grotesques. Alors que les mouvements d’ensemble sont réglés en chorégraphie, les personnages paraissent empreints d’une grande dignité jusque dans les scènes de lutte ou d’ivrognerie.

De la tradition à l’expérimentation, notre recherche croisera les pratiques et tirera profit de l’échange réciproque des savoirs, entre sculpteur de masque et maîtres de jeu, entre orient et occident.

Intervenant·e·s

Shime Shigeyama

Shime Shigeyama est né à Kyôto en 1947. En 1976, il crée l’association «Hanagata», qui non seulement contribue très activement à la culture du répertoire et à la redécouverte de pièces tombées dans l’oubli, mais poursuit son travail de création avec la mise au point de nouvelles pièces de kyôgen. Ayant lui-même débuté à l’âge de quatre ans, il dirige également une école qui enseigne le kyôgen aux enfants.

En 1992, à l’âge de 45 ans, Shime Shigeyama a été nommé «important bien culturel vivant» il a reçu l’année suivante le prix de la ville de Tôkyo pour l’ensemble de ses travaux. En 1995, il reprend le nom de son père et devient Shime de la 2e génération. Depuis le milieu des années 80, il poursuit dans le monde entier une activité très importante, notamment aux Etats-Unis où il séjourne régulièrement. 

Il est invité en France en novembre 1997 par le Festival d’Automne à Paris, puis à ARTA, l’Association de Recherche des Traditions de l’Acteur, où il donne régulièrement des master-class pour acteurs professionnels. Programmé notamment à la Maison de la culture du Japon à Paris, au TNP à Lyon, au Théâtre du Temps ou encore à l’Espace Pierre Cardin, Shime Shigeyama joue un rôle très important dans la diffusion du Kyôgen en Occident.

En 2005, accompagné de ses deux fils Motohiko et Ippei, Shime Shigeyama a présenté à la MCJP trois Kyôgen : une pièce du répertoire traditionnel, une pièce moderne inspirée d’une pièce du dramaturge contemporain Tadasu Iiizawa, et une création adaptée d’Ubu Roi d’Alfred Jarry.

En 2013 Shime, et toute la famille Shigeyama, a été invité à Paris dans le cadre du Festival de l’Imaginaire pour deux représentations de Kyôgen Paroles folles jouées au Théâtre du Soleil en juin 2013. La famille Shigeyama est une lignée d’acteurs de kyôgen et elle est la plus illustre représentante de l’école Okura, l’une des deux grandes écoles existant aujourd’hui (l’autre étant Izumi). Basée à Kyōto, le répertoire familial comporte bien sûr des kyôgen classiques mais également des créations contemporaines. La dynastie Shigeyama joue aussi bien au Japon que dans le reste du monde.

Le Kyogen fait partie de l’histoire de la famille Shigeyama depuis plus de 400 ans. Les Shigeyama sont des acteurs de Kyogen de l’école Okura. Ils sont originaires de la ville de Kyoto. Loin de ne présenter à leur public que des pièces de Kyogen classiques, ils ont décidé d’élargir leur registre en y associant d’autres arts (poésie, etc.). Ils sont ainsi actifs dans de nombreux domaines liés au Kyogen, au Kabuki ou encore à l’Opéra que ce soit en tant qu’acteur ou que producteur. La famille Shigeyama est reconnue au Japon pour l’excellence de ses représentations. Ils ont reçu de nombreuses récompenses de la ville de Kyoto mais aussi du gouvernement japonais. C’est ainsi que Shigeyama Sensaku, considéré au Japon comme un Trésor National Vivant, a reçu des mains de l’Empereur le Bunka Kunsho Award, distinction qui récompense les plus grands acteurs culturels japonais. Shime Shigeyama, est quant à lui «Important Bien Culturel Vivant» depuis 1992, et a reçu l’année suivante le prix de la Ville de Tôkyô pour l’ensemble de ses travaux.

Les plus jeunes membres de la famille Shigeyama ont formé une troupe appelée Hanagata Kyogenkai. Avec notamment à leur tête Shigeyama Ippei. Ces jeunes acteurs ont pour but de promouvoir leur art en dehors des frontières japonaises. Shigeyama Ippei souhaite en effet «créer un lien via la culture» entre l’orient et l’occident.

Erhard Stiefel

Erhard Stiefel découvre l’art du masque au Japon après une formation en danse, puis en Arts appliqués à Zurich. Rentré à Paris pour faire l’Ecole Nationale des Beaux Arts, il fréquente aussi l’Ecole du Mouvement de Jacques Lecoq et l’atelier de Giacometti ; il réalise ses premiers masques pour Monsieur Carnaval, comédie musicale de Maurice Lehman au théâtre du Châtelet. Il repart régulièrement pour ses recherches en Europe, à Bali et bien sûr au Japon ; il est introduit par Issey Miyake auprès du cercle très fermé des familles liées au théâtre Nô, qui le choisissent pour recréer certains masques anciens. Sculpteur de masques, il imagine, dessine et fabrique seul des masques de théâtre uniques, très légers et faits sur mesure pour chaque acteur, à partir de techniques perdues qu’il a retrouvées comme le cuir repoussé, le bois ou le lin, par exemple, ou de techniques nouvelles, à base de résine. En France, il a participé à la réalisation de plus de 40 spectacles avec Maurice Béjart et les plus grands metteurs en scène : Jorge Lavelli, Jean-Pierre Vincent, Antoine Vitez, Yannis Kokkos, Alfredo Arias etc. Depuis 1973, il accompagne Ariane Mnouchkine et le Théâtre du Soleil dans ses créations. En 2000, il se voit décerner le diplôme national de Maître d’art.