Kyôgen : Les techniques comiques du théâtre japonais
Raconter des histoires et tenir plusieurs rôles
Stage dirigé par Shime et Ippei Shigeyama
Objectifs pédagogiques
L’initiation au Kyôgen, forme du théâtre classique Japonais, contribuera à révéler les talents comiques de chacun, à élargir et à préciser sa palette technique. Partition scénique, le kyôgen s’appuie sur la fantaisie verbale, le contraste entre situations triviales et stylisations, la chorégraphie de l’espace, l’alternance de la parole et du chant.
Le mode burlesque et satirique du Kyôgen fera réfléchir sur le rôle et la place du théâtre au cœur de la société contemporaine. Les acteurs se rendront en effet capables de jouer aussi bien pour des spectateurs européens que japonais. Préalablement traduits en français par Dominique Palmé, les textes du répertoire japonais seront abordés alternativement en français et en japonais (transmis oralement à l’oreille), comme une partition scénique, chorégraphie dans l’espace et le temps.
Programme pédagogique
Ce stage propose de s’initier à la pratique de l’art traditionnel du Kyôgen de Kyôto et d’explorer, en s’appuyant sur cette forme scénique, les potentialités ludiques du répertoire japonais. De même cette masterclass contribuera à révéler les talents comiques des participants, acteurs professionnels européens, à élargir et à préciser leurs palettes techniques.
L’attention sera portée notamment sur:
- La manière d’appréhender l’espace
- La codification du jeu
- La diction projetée du texte et sa scansion qui implique un engagement total du souffle.
Le stage sera dirigé alternativement par Shime Shigeyama et par son fils Ippei Shigeyama (membres de la famille Shigeyama, une des familles les plus réputées dans l’art théâtral traditionnel du Kyôgen).
Au cours de ces deux semaine de stage, Shime et Ippei Shigeyama, seront assistés de Dominique Palmé, interprète.
Pendant le stage les Shigeyama proposeront de travailler sur deux pièces du répertoire :
- Susugigawa (une adaptation en Kyôgen de la Farce du Cuvier, farce médiévale)
- Ustubozaru (histoire de Le carquois en peau de singe)
Les mêmes textes pourront ainsi être joués tour à tour dans leur traduction française et en japonais (en ayant recours à la transmission orale, et à leur transcription phonétique). L’alternance des langues est riche pour l’acteur. Elle permet de ne pas se limiter au sens des mots, de ne pas être explicatif.
Le travail du même répertoire en français, puis en japonais “à l’oreille” mettra en valeur le plaisir conjugué de la sonorité et de la musicalité des textes. L’approche rythmique aidera à ne pas jouer les mots, mais ce qui les anime, les pensées, sentiments ou sensations invisibles derrière ces mots. Cela permettra également d’être plus réceptif à ce que joue le partenaire avec son corps, entre les mots.
Sur la scène vide, quelques accessoires aux fonctions symboliques sont utilisés. L’acteur de Kyôgen met sa maîtrise vocale et gestuelle au service d’une débordante fantaisie imaginative, pour le plaisir du spectateur.
Auprès les maîtres japonais de kyôgen, l’acteur occidental sera donc invité à découvrir leur répertoire, leur esthétique, et leurs modalités de travail.
Intervenant·e·s
Ippei Shigeyama
Fils de Shime Shigeyama a été formé par son grand-père comme le veut la tradition japonaise. Il a débuté à l’âge de quatre ans. Acteur brillant, il a déjà acquis, à l’âge de 28 ans, une grande renommée dans son pays. Dans le cadre d’une résidence en France, et du festival Paris Beckett 2007, il a joué dans pas moi / Souffle mise en scène par Barbara Hutt, à la Maison de la culture du Japon à Paris.
SHIGEYAMA Ippei (né en 1979) fait partie d’une lignée d’acteurs dont l’art s’est peaufiné au cours de 400 ans d’histoire. Initié dès la petite enfance à la pratique du chant et du jeu par son grand-père Sensaku (1919-2013 – Trésor National Vivant), avant de recevoir l’enseignement de son père Shime (né en 1947), il est devenu depuis quelques années le chef de leur famille (iemoto). Depuis son adolescence il travaille activement, avec son frère aîné et ses cousins, à la diffusion de ce qu’ils nomment le « Tôfu Kyôgen » : ils cherchent, notamment par des ateliers organisés dans les écoles primaires, à infuser dans la vie quotidienne l’esprit et la « saveur » de leur art, comparé à du tôfu, pâte de soja au goût « neutre » qui forme la base de la cuisine japonaise traditionnelle, et que chacun peut, selon son désir, « accommoder à sa sauce » . Il ne s’agit pas cependant d’une démarche visant à vulgariser ou banaliser les apports d’une tradition théâtrale d’une grande richesse — mais de revivifier cette tradition pour faire, de l’« art du rire » qu’est le kyôgen, un véritable « art de vivre » en harmonie avec les autres grâce à la complicité de l’humour.
Shime Shigeyama
Shime Shigeyama est né à Kyôto en 1947. En 1976, il crée l’association «Hanagata», qui non seulement contribue très activement à la culture du répertoire et à la redécouverte de pièces tombées dans l’oubli, mais poursuit son travail de création avec la mise au point de nouvelles pièces de kyôgen. Ayant lui-même débuté à l’âge de quatre ans, il dirige également une école qui enseigne le kyôgen aux enfants.
En 1992, à l’âge de 45 ans, Shime Shigeyama a été nommé «important bien culturel vivant» il a reçu l’année suivante le prix de la ville de Tôkyo pour l’ensemble de ses travaux. En 1995, il reprend le nom de son père et devient Shime de la 2e génération. Depuis le milieu des années 80, il poursuit dans le monde entier une activité très importante, notamment aux Etats-Unis où il séjourne régulièrement.
Il est invité en France en novembre 1997 par le Festival d’Automne à Paris, puis à ARTA, l’Association de Recherche des Traditions de l’Acteur, où il donne régulièrement des master-class pour acteurs professionnels. Programmé notamment à la Maison de la culture du Japon à Paris, au TNP à Lyon, au Théâtre du Temps ou encore à l’Espace Pierre Cardin, Shime Shigeyama joue un rôle très important dans la diffusion du Kyôgen en Occident.
En 2005, accompagné de ses deux fils Motohiko et Ippei, Shime Shigeyama a présenté à la MCJP trois Kyôgen : une pièce du répertoire traditionnel, une pièce moderne inspirée d’une pièce du dramaturge contemporain Tadasu Iiizawa, et une création adaptée d’Ubu Roi d’Alfred Jarry.
En 2013 Shime, et toute la famille Shigeyama, a été invité à Paris dans le cadre du Festival de l’Imaginaire pour deux représentations de Kyôgen Paroles folles jouées au Théâtre du Soleil en juin 2013. La famille Shigeyama est une lignée d’acteurs de kyôgen et elle est la plus illustre représentante de l’école Okura, l’une des deux grandes écoles existant aujourd’hui (l’autre étant Izumi). Basée à Kyōto, le répertoire familial comporte bien sûr des kyôgen classiques mais également des créations contemporaines. La dynastie Shigeyama joue aussi bien au Japon que dans le reste du monde.
Le Kyogen fait partie de l’histoire de la famille Shigeyama depuis plus de 400 ans. Les Shigeyama sont des acteurs de Kyogen de l’école Okura. Ils sont originaires de la ville de Kyoto. Loin de ne présenter à leur public que des pièces de Kyogen classiques, ils ont décidé d’élargir leur registre en y associant d’autres arts (poésie, etc.). Ils sont ainsi actifs dans de nombreux domaines liés au Kyogen, au Kabuki ou encore à l’Opéra que ce soit en tant qu’acteur ou que producteur. La famille Shigeyama est reconnue au Japon pour l’excellence de ses représentations. Ils ont reçu de nombreuses récompenses de la ville de Kyoto mais aussi du gouvernement japonais. C’est ainsi que Shigeyama Sensaku, considéré au Japon comme un Trésor National Vivant, a reçu des mains de l’Empereur le Bunka Kunsho Award, distinction qui récompense les plus grands acteurs culturels japonais. Shime Shigeyama, est quant à lui «Important Bien Culturel Vivant» depuis 1992, et a reçu l’année suivante le prix de la Ville de Tôkyô pour l’ensemble de ses travaux.
Les plus jeunes membres de la famille Shigeyama ont formé une troupe appelée Hanagata Kyogenkai. Avec notamment à leur tête Shigeyama Ippei. Ces jeunes acteurs ont pour but de promouvoir leur art en dehors des frontières japonaises. Shigeyama Ippei souhaite en effet «créer un lien via la culture» entre l’orient et l’occident.