L’art du récit : Pansori
Chanter, dire et faire la satire
30 h
Dirigé par Lee Jaram, accompagnée de sa musicienne Lee Hayng-Ha
Ce stage pratique propose aux acteurs, danseurs ou chanteurs de tendre une passerelle entre la Corée et l’Europe, entre traditions de jeu et modernité, pour s’initier aux techniques du Pansori, s’exercer à l’art de raconter en jouant, et créer…
Initiation à l’art du Pansori coréen : Entraînement aux techniques du Pansori
- Respiration diaphragmatique, contrôle du souffle, placement vocal
- Le chant pansori, apprentissage d’un extrait.
- Apprentissage des rythmes.
- Travail sur la gestuelle.
- Conduite du récit, prise à partie du public, ponctuations et soutien
- Travail par imitation et imprégnation, consistant à se glisser dans le jeu sous la direction de Lee Jaram, en suivant les partitions d’action, musicales et scéniques, établies selon les codes de jeu du théâtre traditionnel coréen
Dire, chanter, jouer le Pansori :
Le Pansori est un long récit picaresque, tour à tour joué, parlé et chanté, où l’interprète, homme ou femme, est accompagné(e) par un percussionniste.
L’interprète fait ainsi vivre à lui seul des heures durant tout une palette de personnages hauts en couleurs, tels que paysans, charlatans, artisans, nobles ou guerriers…
Le joueur de tambour, qui soutient et commente malicieusement l’action, la fait rebondir par ses interventions tout en humour.
Avec un éventail pour tout accessoire, l’interprète, « le gwangdae », est à la fois chanteur, conteur et comédien-mime. Il tient à lui seul tous les rôles, entre récitatifs et chants.
La technique vocale, pleine voix gutturale et saccadée, tantôt « voix rauque », « voix de jade (claire) », « voix frissonnante (beaucoup de vibrato)», « voix de fer (dure) », etc., demande beaucoup d’énergie et résulte d’un long entraînement.
Son accompagnateur, « le gosu », ne se contente pas de rythmer le récit avec son tambour. Il invective, encourage verbalement, ponctue le jeu par de petites exclamations telles que « Jotta ! » ou encore « Eulsigu ! », comme s’il s’agissait de s’encourager lui-même en encourageant le chanteur.
Les spectateurs prennent également part à ce long chant épique au travers d’exclamations relatives aux sentiments et aux valeurs exprimées par l’histoire et pour souligner la qualité de l’interprétation.
Intervenant·e·s
Lee Jaram
Eblouissante chanteuse, actrice et danseuse de Pansori
Lee Jaram était déjà, à 20 ans, une des étoiles montantes du pansori classique. A 30 ans, en 2007, elle est devenue une star populaire pour avoir osé bousculer les codes en créant un pansori moderne, Sacheon-Ga, Le dit de Sichuan, d’après la pièce de Brecht La Bonne Âme du Se-Tchuan, auteur longtemps interdit en Corée du Sud.
Lee Jaram, née en 1980, est l’une des chanteuses les plus célèbres de la Corée du Sud. Tissant des liens entre la musique ancienne et actuelle, elle est connue pour ses talents de sorikkun, interprète principale du pansori, et comme chanteuse et compositrice du groupe coréen Taru. Diplômée de l’Université nationale de Séoul en musique coréenne traditionnelle, elle joue également du gayageum, cithare à douze cordes. En 2011, elle a présenté au TNP Le dit de Sichuan, spectacle mis en scène par In Woo Nam, dans lequel elle tient tous les rôles : chanteuse, comédienne, bonimenteuse et récitante. Créé d’après La Bonne Âme du Se Tchuan de Bertolt Brecht.
En 2014 Lee Jaram a décidé de creuser cette veine en créant Ukchuk-ga, Le dit de Femme Courage, d’après Mère Courage et ses enfants du même Brecht. Après la satire sociale, elle plonge dans le lointain mythique de la Guerre des Trois Royaumes pour chanter la destinée terrible de cette femme condamnée à la survie, et qui perdra successivement ses trois enfants jusqu’à se retrouver seule à déplorer son destin, dans un air final poignant, parmi les ruines d’un monde effondré. Seule face au public, armée de son seul éventail, comme le veut l’art du pansori, elle chante le destin de cette femme, jouant tous les rôles, passant du rire aux larmes, de la colère à l’amour. Lee Jaram entraîne à sa suite les spectateurs à partager l’épopée de cette femme, traversée de la guerre qui est aussi traversée de la vie. Mais c’est aussi un pansori d’aujourd’hui, parlant dans une langue actuelle des drames universels, soutenu par trois musiciens virtuoses qui lui font un véritable écrin rythmique. Ce pansori réactualisé a aussi été présenté au Théâtre de la Ville, Paris, et au Festival d’Avignon, la même année.